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12 mai 2026   |    Environnement

Portrait de producteurs - C’est dans terre : cultiver la terre et le goût… d’apprendre

Au parc agricole de Contrecœur, sur le rang du Ruisseau, une jeune ferme maraîchère d’un peu moins d’un acre prend racine depuis l’automne 2024. Derrière C’est dans terre, on retrouve Cynthia Caron-Jones et Steve Dupuis, partenaires dans la vie comme en affaires, qui ont choisi de faire pousser bien plus que des fruits et des légumes : une vision, un mode de vie et un lien renouvelé entre la terre et la communauté. 

Une ferme née d’un désir de concret

Le projet de C’est dans terre a fermé à la croisée de plusieurs élans : une opportunité liée à la culture de l’ail, l’accessibilité à une terre agricole grâce au Plan de développement de la communauté nourricière de Contrecœur et son initiative de Parc agricole, et surtout, un désir de se rapprocher du vivant.

Pour Cynthia, le contact avec les plantes s’est rapidement imposé comme une évidence. « Les plantes procurent du bonheur, du bien-être », affirme-t-elle. Cet intérêt l’a menée à entreprendre des études en production horticole. Curieux de nature, Steve aimait discuter avec elle de ce qu’elle y apprenait. Ensemble, ils se sont mis à imaginer, à rêver. 

Quand ils ont eu terminé de semer leur première production d’ail, c’est devenu une évidence : le projet est dans la terre, il est concret, il est là pour rester, il est sédentaire. Jeu de mot assumé, le nom de l’entreprise C’est dans terre traduisait cette idée simple, mais forte : une volonté d’enracinement. 

Une agriculture qui s’insère dans le quotidien

Pour Cynthia et Steve, la ferme s’intègre à une vie déjà bien remplie puisque tous les deux ont aussi un emploi à temps plein. À 4 h du matin, Steve se rend au champ pour démarrer l’arrosage avant de partir travailler. Puis, deux ou trois heures plus tard, Cynthia y repasse pour arrêter l’eau avant d’aller elle aussi au boulot. Lorsque leur journée de travail se termine, ils retournent au champ pour récolter. Et les fins de semaine sont loin de ressembler à des congés : l’entretien de la ferme exige beaucoup et la conciliation travail-famille n’est pas toujours facile.  

Le rythme est exigeant, dicté par les saisons. Le printemps est consacré aux semis - l’étape préférée de leur plus jeune - et juin, aux transplantations. Puis viennent les récoltes : de l’ail à la mi-juillet jusqu’aux courges en octobre, chaque semaine apporte son abondance de produits… et de travail. L’automne annonce la fermeture des champs et une multitude de tâches pour protéger la terre des températures froides et de la neige. L’hiver, enfin, offre un temps de pause bienvenu, une saison pour reprendre son souffle et préparer la prochaine année. 

Redonner sa valeur au métier d’agriculteur

Ce que Cynthia et Steve aimeraient que l’on comprenne mieux de leur métier, c’est tout ce qu’il exige - et tout ce qu’il vaut. 

Le temps investi, l’attention constante, l’énergie physique et mentale, les risques, les coûts : « Les gens sous-estiment la valeur de l’agriculteur », constatent-ils. Trop souvent, le soutien qu’ils reçoivent s’apparente à de la sympathie, on les « encourage » en achetant un ou deux produits. Mais nourrir les gens est un métier essentiel et pour eux, cette mission dépasse largement la simple production de légumes. Elle touche à la santé, à l’éducation, à notre rapport à l’alimentation. 

Mais la mise en marché demeure le principal défi. Dans un système où chaque maillon de la chaîne doit dégager sa marge de profit, souvent au détriment du revenu des producteurs, il faut collectivement repenser la place accordée aux agriculteurs - dans nos politiques, dans notre économie, dans nos priorités. 

Produire avec cohérence des produits uniques et délicieux

Après l’ail qui fut leur élément déclencheur, l’expérience de la première année les a mené à choisir des cultures appréciées et adaptées au terroir. Parmi leurs produits vedettes, les tomates cerises et les tomates italiennes, nutritives et savoureuses, ainsi que les courges et les citrouilles aux allures surprenantes et à la chair délicieuse. 

Mais ce qui les enthousiasme le plus cette année, ce sont les framboises : la rouge bien sûr, mais aussi la noire et surtout, leur préférée, la framboise jaune. Plus sucrée, sans acidité, surprenante par sa couleur presque exotique, elle attire déjà la curiosité. Cynthia et Steve y voient un beau potentiel, notamment pour un futur projet d’autocueillette. 

Sans toutefois chercher la certification biologique - coûteuse et complexe - C’est dans terre mise privilégient une agriculture avec très peu d’intrants chimiques, dans le respect du vivant, sans chercher à forcer la nature. Leurs pratiques sont réfléchies, cohérentes, écoresponsables. 

Il est possible de se procurer leurs produits dans quelques kiosques saisonniers auprès de partenaires comme le dépanneur Maxi et la ferme des Quatre-Jeudis. Il est aussi possible d’acheter directement auprès de la ferme, simplement en leur écrivant. 

Une ferme ancrée dans une communauté

Ils imaginent, pour les années à venir, un verger fruitier, des serres plus fonctionnelles, un lieu beau, accueillant, vivant - un espace où l’on vient autant pour s’approvisionner que pour apprendre, ralentir et se reconnecter. 

Dans une société qui s’est éloignée du rythme des saisons et du sens de bien manger, Cynthia et Steve souhaitent recréer des ponts. C’est ce qui les motive à développer un volet éducatif, notamment à travers des ateliers comme celui qu’ils ont offert ce printemps à l’organisme La Boussole sur le thème du démarrage des semis pour jardiniers amateurs. 

Car au fond, c’est peut-être là que se trouve le cœur de C’est dans terre. Au-delà des légumes, le couple veut transmettre des savoirs, des réflexes, une manière d’habiter le monde. Ils souhaitent offrir des ateliers aux jeunes, travailler avec les écoles, sensibiliser les familles, encourager chacun à cultiver un petit bout de terre, aussi modeste soit-il. 

Et dans un monde qui va vite, leur message est peut-être l’un des plus précieux : ralentir, prendre le temps, savourer ce qui nous entoure, s’imprégner de la nature. Parce qu’aucune vitamine ne remplace le soleil. Parce qu’aucune technologie ne remplace le vivant. Et parce que, parfois, il suffit de remettre les mains dans la terre pour retrouver un peu de sens.

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